Les risques interconnectés augmentent, mais nous ne sommes pas en 2008

Corrado Tiralongo - 24 mars 2026

Ce qui motive les préoccupations actuelles

Selon un récent article d’opinion publié dans le New York Times1, le système financier mondial devient de plus en plus fragile, pas à cause d’un seul risque, mais à cause d’un réseau de vulnérabilités interconnectées.

L’auteur met en évidence trois domaines clés :

  • Les titres de créance privés, qui représentent maintenant un marché d’environ 2 000 milliards de dollars, sont peu transparents et peu liquides, ce qui pourrait amplifier les tensions si les investisseurs se précipitent pour se retirer.
  • La concentration du marché boursier, où un petit groupe de grandes sociétés technologiques représente maintenant une part disproportionnée des rendements de l’indice.
  • Les risques géopolitiques et physiques, y compris les tensions impliquant l’Iran et Taïwan, qui pourraient perturber l’offre d’énergie et la production de semi-conducteurs.

L’argument central est que ces risques ne sont pas isolés. Ils sont liés par le même système financier, ce qui signifie que des tensions dans un secteur peuvent rapidement se propager à d’autres.

Dans ce cadre, l’inquiétude n’est pas simplement ce qui ne va pas, mais avec quelle vitesse et quelle amplitude les chocs peuvent se propager.

Définir le cadre des risques actuels

Il est tentant d’ancrer les risques d’aujourd’hui à certaines périodes historiques.

  • Aux années 1970 pour l’énergie
  • À l’ère de la bulle technologique pour les technologies
  • À 2008 pour les titres de créance

Mais le contexte actuel ne correspond pas parfaitement à l’une ou l’autre de ces périodes.

Il reflète plutôt une combinaison des trois :

  • Des pressions géopolitiques influençant les données réelles de l’économie
  • Une concentration et des attentes élevées sur les marchés boursiers
  • Une dépendance croissante aux formes de financement moins liquides

Chacun de ces éléments pris isolément est gérable. Ce qui compte, c’est qu’ils coexistent maintenant au sein du même système.

Cela ne signale pas nécessairement une crise.

Mais cela laisse entrevoir un contexte de marché où les chocs peuvent se propager plus vite, où les corrélations peuvent augmenter plus rapidement et où la diversification peut être éprouvée au moment où elle est le plus nécessaire.

Le risque systémique augmente, mais le mécanisme de transmission est important

Ce cadre est correct sur le plan directionnel.

Nous croyons que nous exerçons nos activités dans un contexte où les liens entre les marchés augmentent et où les marchés des capitaux sont plus exposés que par le passé aux chocs géopolitiques et à ceux de l’économie réelle.

Cependant, la principale question pour les investisseurs n’est pas de savoir s’il existe des risques, mais comment ces risques se traduisent en résultats sur le marché. Tous les risques systémiques ne deviennent pas des crises systémiques.

Qu’est-ce qui change par rapport à 2008?

La comparaison avec la crise financière mondiale est intuitive, mais incomplète.

En 2008, le système était fortement endetté, opaque et concentré dans le secteur bancaire. Une fois les pertes subies, le désendettement forcé a entraîné un effondrement rapide et autorenforcé.

Les risques d’aujourd’hui sont différents :

  • Le crédit privé présente un risque de liquidité, mais pas le même niveau d’endettement à l’échelle du système.
  • Les sociétés technologiques à grande capitalisation sont concentrées, mais financièrement solides et elles affichent un bilan sain.
  • Les risques géopolitiques sont élevés, mais ils sont en partie pris en compte dans les prix actuels du marché.

Cela suggère un régime différent, qui pourrait être moins vulnérable à un effondrement systémique soudain, mais plus exposé aux chocs mobiles et aux périodes d’instabilité.

Crédit privé : un point de pression sur la liquidité

Les préoccupations à l’égard du crédit privé sont légitimes, en particulier en matière de transparence et de liquidité. Le principal risque est lié au comportement et à la liquidité :

  • les investisseurs ne peuvent pas facilement vendre des actifs privés.
  • En période de stress, ils vendent ce qu’ils peuvent.
  • Il s’agit souvent d’actions liquides de sociétés cotées en Bourse,

ce qui crée un canal de transmission entre les marchés privés et publics.

Cependant, contrairement à 2008, il ne s’agit pas tant du risque de solvabilité que de la réévaluation fondée sur la liquidité, qui tend à entraîner de la volatilité plutôt qu’une défaillance systémique.

Concentration des actions : une vulnérabilité structurelle

La concentration des rendements dans un petit nombre de sociétés technologiques est l’une des caractéristiques déterminantes du marché d’aujourd’hui.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de valorisation. Il s’agit d’un problème de construction de portefeuille dans l’ensemble du système. Lorsque la concentration augmente :

  • les portefeuilles à gestion passive et active sont plus alignés,
  • la saturation s’intensifie,
  • les fluctuations du marché deviennent plus sensibles à un petit nombre de titres.

Cette situation accroît la sensibilité au marché, surtout si elle est combinée aux facteurs suivants :

  • Stress lié à la liquidité
  • Déliquescence du positionnement
  • Chocs externes

La géopolitique et la montée du « risque physique »

L’une des observations les plus importantes de l’article est la transition vers le risque physique et géopolitique. Les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et l’accès aux semi-conducteurs sont de plus en plus essentiels aux résultats du marché.

Cela cadre avec notre point de vue général :

  • les marchés, qui étaient principalement tributaires des conditions financières, sont de plus en plus influencés par les contraintes géopolitiques et de l’économie réelle.

Mais ils n’ignorent pas ces risques. Ils les réévaluent, souvent de façon inégale et abrupte.

Un système plus connecté, pas nécessairement plus fragile

Le plus important à retenir est l’idée des canaux de transmission partagés :

  • Financement du crédit privé → infrastructures d’IA → marchés d’actions de sociétés cotées en Bourse
  • Chocs de l’énergie → coûts des intrants → marges des sociétés
  • Perturbations géopolitiques → chaînes d’approvisionnement → croissance mondiale

Cette connectivité augmente la vitesse à laquelle les chocs se propagent dans le système. Mais cela ne signifie pas nécessairement que le système est aussi fragile qu’en 2008. Cela indique plutôt un contexte différent, plus complexe, plus interconnecté et plus vulnérable à la volatilité épisodique.

Si la caractéristique déterminante de ce contexte est la façon dont les risques se transmettent plutôt que leur origine, la construction de portefeuille doit alors mettre l’accent sur la résilience plutôt que sur la prévision.

Conséquences sur le portefeuille : accent sur la résilience

Du point de vue du portefeuille, nous croyons que l’objectif n’est pas de se positionner en fonction d’un seul résultat, mais de gérer le comportement des portefeuilles dans un éventail de scénarios.

Par conséquent, notre positionnement actuel met l’accent sur ce qui suit :

  • Maintien de l’exposition aux actions, tout en gérant activement le risque de concentration au sein d’un ensemble restreint de titres axés sur la croissance
  • Diversification accrue des facteurs de rendement au moyen de stratégies multifactorielles qui équilibrent clairement le rendement et l’exposition au risque
  • Intégration de stratégies non traditionnelles liquides, y compris les contrats à terme gérés et la parité des risques, qui peuvent offrir de la diversification en période de tensions sur les marchés
  • Accent accru sur la construction de portefeuille sensible à la liquidité, en reconnaissant que les replis du marché peuvent être dictés autant par les flux que par les paramètres fondamentaux

Ces décisions de positionnement reflètent notre évaluation des conditions actuelles du marché et peuvent évoluer à mesure que ces conditions changent. Les résultats ne sont pas garantis, et ces approches peuvent se comporter différemment selon les conjonctures de marché.

Il ne s’agit pas d’éviter le risque. Il s’agit de s’assurer que les portefeuilles sont structurés de façon à absorber les chocs sans nécessiter de décisions réactives.

Conclusion : une dynamique fragile, pas un système en panne

Les risques mentionnés dans l’article sont réels et méritent d’être surveillés. Mais cela ne semble pas être une répétition directe de 2008.

Nous évoluons plutôt dans un régime caractérisé par :

  • des perturbations périodiques du marché causées par la liquidité,
  • des corrélations plus élevées en période de stress,
  • une plus grande dispersion inférieure au rendement au niveau de l’indice,

Pour les investisseurs, les conséquences sont claires :

L’accent ne devrait pas porter sur la prévision de la prochaine crise, mais sur la construction de portefeuilles qui demeurent résilients, peu importe comment cette crise se déroule.

Corrado Tiralongo (il/lui)

Vice-président, Répartition de l’actif et chef des placements, Gestion de placements Canada Vie Ltée.

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